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Les ouvriers d'Alcatel-Lucent en Italie

Les ouvriers d’Alcatel-Lucent en Italie

lundi 22 février 2010, par victor MB


En 2001, Serge Tchuruk, Pdg d’Alcatel, annonce « l’entreprise sans usine » ! La sous-traitance complète de la production et, bien évidemment, là où les coûts sont les moins importants.
En 2006, Alcatel et l’américain Lucent Technologies fusionnent au profit du premier (60% / 40%) ; dès lors le nouveau groupe entame de nombreuses restructurations qui ont poussé au départ des milliers de salariés.
Cette fusion entre un groupe français et américain amène des réflexions sur le modèle de concurrence qui prévaut aujourd’hui entre les impérialismes dominants, ceux qui se forment (Europe) ou qui monte (Chine).

Les concurrents européens d’Alcatel étaient alors et sont toujours, Ericsson (Suède) et Nokia-Siemens (Finlande, Allemagne). Sur le papier, une fusion avec Siemens aurait placé l’Europe en position intéressante sur ce marché … Mais Alcatel a voulu voir plus loin, car en achetant Lucent c’est la seconde place sur le marché mondial qui est acquise, quitte à jouer l’alliance avec les intérêts de capitalistes américains… Aujourd’hui, Alcatel-Lucent fait parti de ces groupes type de l’impérialisme moderne où fusionnent les capitaux d’origine industrielle et bancaire de différentes nations, Lénine fut le premier à l’analyser du point de vue marxiste.

En effet, il faut noter la présence, parmi les investisseurs importants de la BNP Paris-Bas, du Crédit Agricole (le mutualisme et la coopérative mènent à tout …) représentés au conseil d’administration du groupe par Philippe Camus (président) ou encore Brandes Investment Partners, fond d’investissement canadien …

Dans la pratique, ce remaniement financier s’est donc traduit par des plans sociaux tout azimut. En prévision de la fusion, Alcatel avait annoncé, comme pour mieux rassurer les investisseurs, qu’au moins 9000 postes seraient supprimés, comptant sur l’expérience de Patricia Russo, alors Pdg de Lucent et bien connu pour ses compétences en la matière [1]. A son arrivée, elle en promet 12500. Aujourd’hui le compteur plafonne à plus de 18000 … En 2008, pour son départ et les services rendus, elle touchera six millions d’euro de prime …

Dans l’actualité récente, c’est la suppression de 200 postes à l’usine d’EU en Seine-Maritime, pour fin 2009 début 2010 qui marque encore les esprits … encore plus proche, en septembre 2009, à Battipaglia, près de Naples, c’est 77 ouvriers qui sont menacés de licenciement et 300 à 400 salariés de la sous-traitance inquiétés …

A cette nouvelle, 5 ouvriers s’enferment dans l’usine et menacent de s’immoler par le feu.

Le gouvernement Berlusconi IV avait promis de régler la chose avec la direction d’Alcatel-lucent.
Cinq mois après, le groupe propose la cession des activités de production à un entrepreneur local allié à un autre de Gênes … Un projet qui sent bon l’anesthésie sociale, le temps d’installer durablement l’idée que la fermeture de la production est inévitable. En effet, la politique du groupe est sans ambigüité ; il s’agit de mettre en concurrence les différents sites de production dans le monde et à ce jeu les ouvriers de Battipaglia savent qu’ils ne font pas le poids et que rien ne pourra obliger Alcatel à maintenir ses commandes au-delà des « promesses »… [2]
Le premier février, trois ouvriers se sont donc à nouveau enfermés dans l’usine et ont renouvelé la menace de s’immoler. Pendant ce temps, Patricia Russo flambe ses 6 millions d’euros de prime au départ d’Alcatel, dans une routine indécemment luxueuse qu’elle a gagné sur les vies brisées de milliers d’ouvriers dans le monde …

Aujourd’hui, le désespoir pousse des salariés à envisager le sacrifice personnel comme ultime solution de lutte. On ne peut qu’imaginer dans quel état moral se trouvent ces ouvriers. Par le passé, de tels moyens de contestations ouvrières auraient été simplement impensables. Comment nous en sommes arrivés là … ?
Il faut voir ici toute l’influence de la légalité bourgeoise entretenue, en Italie comme ailleurs, par un syndicalisme officiel, complètement intégré à la gestion sociale des états capitalistes.
Puisque l’on nous dit que rien n’est possible en dehors des protocoles paritaires entre « partenaires » sociaux, puisque nul salut ne semble être envisageable en dehors de négociations cadrées légalement, loin des usines et des chantiers, et puisqu’après des décennies d’alternances politiques entre droite et gauche, rien ne change, nous risquons donc de voir se reproduire ces appels au secours, stigmates du désespoir social mais surtout du désarroi politique de la classe ouvrière.

Le renouveau organisationnel de la classe ouvrière rendra la dignité et l’exemplarité de nos luttes passées. Déjà, ici et là, comme à Clairoix ("Conti"), les ouvriers reprennent le contrôle de leur lutte en dehors des parcours officiels de la défaite… Mais ne nous trompons pas, si nos ainés nous ont légué de grandes pages d’histoire dans leurs confrontations avec le capital, il nous appartient d’en tirer une leçon historique : seule la prise du pouvoir politique pourra satisfaire notre volonté d’émancipation …




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